Que Lens semble adoucie quand Mère Nature la pare de ses flocons délicats. Les bruits de la rue sont comme étouffés. L’air est vif et frais. Hélas, le premier épisode neigeux de 2019 vient déjà de se terminer. En plus de sensations merveilleuses, une occasion particulière nous est donnée d’observer les lensois.

Belle, froide et glissante. Qu’on habite les tours de la Grande résidence, les petits pavillons du secteur de l’IUT ou la cité Montgré, la neige est tombée pour tout le monde pareille. Pourtant, le déneigement des rues est loin d’être uniforme. La manière dont les habitants se comportent face à la neige devant chez eux en dit long sur leur état d’esprit.

Il y a les râleurs, les joueurs, les farceurs, les rêveurs, les transis, les ravis…
Déneigement collectif du voisinage, aucun déneigement, déneigement de son entrée et de son garage, mais pas du trottoir, déneigement du trottoir avec salage préventif. Quant on réfléchit à ces observations, on y voit une sorte de progression : plus la forme de l’habitat est collective, moins le déneigement est limité au chacun pour soi.

Dans les cités ouvrières, il y a sans doute encore des traces, des habitudes transmises d’une génération à l’autre, de l’époque où le garde pouvait mettre untel ou untel à l’amende. Ce n’est pas que du folklore, quand on voit le nombre de personnes qui fait son ménage le samedi matin. Tout le monde sait pourtant que le garde ne passe plus (et merci bien !).

Si en sortant de chez soi pour gratter la neige de son trottoir, on voit que devant chez le voisin ce n’est pas fait et bien on fait l’effort. On pense à la mamie qui risque de tomber, aux enfants qui passent pour aller en classe, etc. Ce n’est pas la crainte du garde ou du qu’en-dira-t-on. C’est du sens commun, de la morale ouvrière.

Le contraste est saisissant avec les secteurs pavillonnaires ou le centre ville. Là, on voit que c’est le chacun pour sa pomme. Si le trottoir est dégagé, c’est juste les deux mètres qui séparent le portail de la route dans la continuité de l’allée. La mentalité qui domine est celle du propriétaire. Le trottoir est à tout le monde, donc il n’est à personne… que les autres le fassent ! En mode contribuable-gilet-jaune ça donne : « je paie suffisamment d’impôts pour que la ville fasse ce travail ».