Qu’il est attendrissant d’observer un enfant regarder le monde en mouvement. On connaît cela très bien pour ce qui est de la découverte de la campagne, des insectes, des oiseaux… C’est très beau et touchant. En ville, on passe, préoccupé par son propre quotidien. Pourtant, si on prend le temps d’observer un enfant regarder la ville évoluer, un chantier de construction par exemple, il y a matière à réfléchir.

Des immeubles s’élèvent petit à petit entre la rue de Londres et la rue Hector Laloux.

Depuis des mois, Lens est en chantier. Tandis que la Grande Résidence a vue son lot de constructions, les travaux de voirie pour les Bulles touchent à leur fin en de nombreux endroits. Présentement, un gros chantier agite le cœur de la ville. Des immeubles s’élèvent petit à petit entre la rue de Londres et la rue Hector Laloux.

Plus haut que les bruits de la rue, avec les notes basses des autos et les aiguës des scooters qui peinent dans la montée, des masses de métal s’entrechoquent en mesure. Des grincements découpent l’air vif de février. En front à rue, à l’aplomb de l’étroit trottoir se dressent des murs de briques rouges visiblement plus neuves que celles des maisons alentour. Cela saute aux yeux des enfants, eux qui notent les plus menus détails.

Au dessus des façades des immeubles hauts de quatre étages, plus haut que les charpentes métalliques nues sous le ciel, des grues s’activent. C’est la partie aérienne du chantier. Elle fait l’admiration des enfants dont les pupilles se resserrent sur le corps, puis sur la cabine suspendue dans le vide..

Ces engins de couleur vive, gigantesques, les enfants les admirent et ils les craignent. Une excitation visible nait de leurs sensations contradictoires. Sous les grues, les équipes d’ouvriers travaillent. Sous le casque, le visage est fermé et le regard est dur. Leurs gestes devront être précis. Ils marchent bien au dessus du sol, sans hésiter, parfaitement coordonnés. Les hommes amènent à eux un tuyau qu’on devine lourd et difficile à dompter. Puis, un cri dont on ne sait d’où. Et le béton coule, liquide et massif.

Ce sont bien les ouvriers qui font les villes.

Les enfants comprennent qu’il se déroule là quelque chose d’important. Leurs sens les informent de la quantité d’énergie dépensée, ils voient toute cette matière que les ouvriers manœuvrent. Les enfants ont raison, leurs sens ne les trompent pas. Ce sont bien les ouvriers qui font les villes. Ces hommes sont les protagonistes du quartier, les personnages les plus importants de cette partie de la ville. Ce sont les ouvriers qui font Lens.