Le magasin Jouet Club situé boulevard Basly a fermé ses portes. L’espace commercial porte la pancarte : « à louer« . Pourtant, dans la vitrine des objets anciens sont exposés. Une simple affichette indique des prix, et un numéro de téléphone. S’agit-il d’une mise en scène ? Sommes-nous face à l’installation d’un artiste contemporain ?

Dans le centre de Lens, les fermetures définitives de magasin se sont multipliées ces dernières années. La droite et l’extrême droite locales en font quant à elles leur fond de commerce. Il est vrai que les habitants s’interrogent sur le devenir du centre ville. Car, si les commerces ferment, quel type d’activité prendra la place ? La crainte qui s’exprime, c’est que le centre ville meure.

Faire face aux fermetures de magasin

Le magasin Jouet Club était un repère important du boulevard Basly. La voiture ancienne, jaune, garée devant, paraissait sortie tout droit d’une case de Gaston Lagaffe. Elle semblait marquer l’esprit déconnant de cette enseigne dédiée aux jeux et à l’enfance. Aujourd’hui plus de voiture devant, le magasin est fermé. La vitrine a une drôle de mine.

On croirait qu’une vielle dame donne à voir des objets de son quotidien. Des deux tables de cuisine en formica blanc exposées, l’une supporte le manche de bois d’une bassinoire de cuivre. Sur l’une de ses deux chaises aux pieds en tubes chromés est assise une pendule hexagonale, dont les aiguilles laquées noir pointent des chiffres romains.

A droite, un serviteur en fonte d’acier surmonté d’un motif floral de laiton présente des objets pour la cheminée : une balayette, un tison et une de ces pinces aux longs bras pour saisir les bûches. Posé à même le sol et adossé au mur de droite, de sorte qu’il ne fait pas face aux passants, un dessin soigneusement encadré représente une scène de la vie domestique d’une époque quelconque du temps passé. Sur la table il y a encore un vase plutôt grossier, un récipient qui pourrait bien être en cuivre et une petite lampe électrique au pied de faïence blanche peinte en bleu, l’air flamand.

Posés sur l’autre table, qui est légèrement plus haute que la première, on peut voir un photophore et sa bougie jaunâtre, et un bassin de métal. Les choses sont là, sans autre forme de décor. Collée à même la vitre, l’affichette indique les prix pour chacun des objets, de 10 à 300 euros, et un numéro de téléphone souligné d’un trait noir.

Des œuvres ready-made ?

Cet ensemble d’objets, disposé comme cela, ce n’est pas vendeur. Quand on fait les marchés aux puces dans le secteur, on voit des étalages du dimanche bien mieux organisés. Difficile de croire que cela soit le travail d’un commerçant professionnel. Alors, on peut se demander s’il ne s’agirait pas plutôt d’une sorte d’œuvre artistique. Après tout, Lens est une ville d’art et de culture…
A bien y regarder, quelle différence entre la vitrine de l’ex-Jouet Club et des objets considérés comme des œuvres d’art contemporain ? Pourquoi pas les voir comme le porte-bouteilles ou l’urinoir de Duchamps, ou le saut à glace -avec sa pince- de Koons vendu 270 000 euros ?

Pourquoi pas les voir comme le porte-bouteilles ou l’urinoir de Duchamps

Puisque l’art contemporain n’a aucun sens, sauf ce qu’on veut bien y voir, et n’a aucune valeur, à part celle qu’on veut bien lui donner, pourquoi les vitrines des magasins vides ne se rempliraient-elles pas d’art contemporain ? Il est peut-être là le projet de transformation de Lens au travers de la Culture ?

Renseignements pris, en fait, non, il n’est pas question d’art, mais bien de vendre les objets, les prix indiqués sont fermes et définitifs, le vendeurs nous l’a assuré.