Une initiative « transpartisane » consistait en des rassemblements dans beaucoup de villes de France hier, mardi 19 février, pour exprimer une opposition unitaire à l’antisémitisme. Dans la région des gens se sont rassemblés à Lille, Dunkerque et Béthune. Il s’en est fallu de peu pour qu’il n’ y ait pas de rassemblement à Lens, l’appel ayant été lancé le jour même. La mobilisation a été maigre, quelques dizaines de personnes, une centaine tout au plus, essentiellement des militants politiques liés au PCF. On s’accorde à dire que l’évènement n’a pas mobilisé les masses populaires. En fait, Lens est mal à l’aise avec ses Juifs, elle est mal à l’aise avec l’antisémitisme.

Une ville où on se bouge

Lens est pourtant une ville où l’on sait s’impliquer, manifester, défendre des causes de manière collective. C’est vrai pour le football quand on fête l’anniversaire des Red Tigers 94 (#coucoulamarek). C’est une réalité historique quand on sait l’apport pratique des mobilisations ouvrières du bassin lensois au mouvement ouvrier. C’est encore vrai quand il s’agit de défendre ses propres intérêts catégoriels, professionnels et spécifiques, on l’a vu encore récemment avec les Gilets Jaunes. Quand il s’agit de s’unir pour une enjeu de société, on n’est pas non plus en reste à Lens, que ce soit pour défendre la gare TGV menacée ou, avec beaucoup plus d’ampleur et d’importance pour la civilisation, au travers du mouvement Je suis Charlie en 2015.

La période actuelle voit se multiplier les actes de violences antisémites en France. Ces dernières années ont été marquées par des crimes antisémites atroces par leur brutalité et leur signification. Ilan Halimi (2006), les victimes de l’école Ozar Hatorah à Toulouse (2012), les victimes de l’hyper-cacher (2015) comme Mireille Knoll (2018) ont été assassinés parce qu’ils sont Juifs.
Le capitalisme en crise génère son lot de fausses solutions aux problème qu’il engendre. La classe dominante s’arrange avec le racisme qui est une façon de diviser les classes populaires (pour mieux régner), tandis que les Juifs sont désignés comme l’ennemi intérieur de la nation, associés à l’idée de l’argent et sont victimes de nombreux autres préjugés ignobles.

Pas de mobilisation massive contre l’antisémitisme

Il serait faux de dire que les lensois sont antisémites. Il y a bien ici comme partout en France des préjugés relayées par des antisémites. Les antisémites disent ici , par exemple, que les loyers sont trop chers car les Juifs détiendraient les immeubles du centre ville et qu’ils spéculeraient. Mais ces propos orduriers restent heureusement isolés.
Mais s’ils ne sont pas antisémites, les lensois ne se mobilisent pas massivement contre l’antisémitisme. Comment l’expliquer ?

Parmi les lensois, il y a des personnes juives. La majorité des lensois n’y porte aucun intérêt. Comme le personnage de De Funès dans le film Rabi Jacob découvrant que Salomon, son chauffeur, est Juif, le lensois sera surpris d’apprendre que Chantal et Alain, ses voisins de palier depuis 10 ans sont juifs eux-aussi … On considère globalement que c’est un signe d’égalité, d’intégration : juif, audomarois, arabe, vietnamien, flamand, polonais, breton, si tu habites Lens, tu es lensois !

Une « neutralité » qui pose problème

Cette « neutralité » devient un problème quand elle est une négation de l’existence des Juifs en tant que composante de la population. Car alors, c’est faire comme s’il n’y avait pas de Juifs à Lens. Cela revient à penser que s’opposer à l’antisémitisme n’est pas l’affaire des lensois. Cela aboutit à ne pas participer à la manifestation contre l’antisémitisme à Lens.

C’est dommage, car cela n’envoie pas un message positif aux Juifs lensois. C’est grave car cela envoie aussi un message aux antisémites, et il signifie : « ce n’est pas notre problème. » Or, l’antisémitisme, c’est notre problème à tous.