Les lensois, qu’ils fréquentent le stade ou non, le savent : ce sont les Red Tigers 1994 qui font bouger Bollaert. Le groupe de supporters fanatiques fêtera ses 25 ans le 9 mars. C’est l’occasion de saluer tous les talents que ces personnes sont capables de mobiliser, tout en constatant que cela est peut-être un peu vain.

Les Red Tigers sont des ultras, des supporters intransigeants. C’est par leurs efforts ininterrompus et grâce à leur dévouement sans faille pour le Racing Club de Lens que cette culture du supporter s’est imposée à Bollaert.

Avant les Tigers, l’ambiance était déjà remarquable à Lens. Ce ne sont pas eux qui ont créé la ferveur pour les Sang et Or. Ils n’ont d’ailleurs pas cette prétention, conscients qu’ils sont de leur héritage historique. Leur apport est d’avoir su cultiver la chaleur caractéristique d’une tribune populaire pour lui faire faire un bond en avant.

« On est chez nous … « 

Aujourd’hui les Tigers sont incontournables. Au point que le Racing ne peut pas prendre une décision importante ayant un impact sur le public ou sur le stade sans au moins consulter ce qui est devenu le plus influent groupe de supporters de Bollaert.

En 25 ans, ce qui était au départ une petite équipe de quelques membres passionnés de football et de la culture ultra s’est étendu. Il en est arrivé à rythmer littéralement la vie des tribunes, y compris celles des visiteurs de Bollaert et bien souvent aussi celles des hôtes lors des déplacements !

Les Tigers ont toujours pris soin de favoriser ce qui rassemble les supporters. Ils ont ainsi réussi à faire grossir leurs rangs en évitant les scissions qui menacent invariablement les groupes de bonshommes.
Par exemple, on sait que les Tigers ne se sont pas divisés sur les questions importantes qui ont façonné les tribunes des années 90-2000 : les positions politiques, sociales et envers le racisme. Les Tigers ont privilégié leur unité en évitant de prendre position sur les sujets qui fâchent…

Engagés contre le football moderne

Les Tigers ont néanmoins toujours tenu des propos mordants contre le football-business et la répression policière des groupes ultras. Au travers de leur fanzine Rugir, ils ont produit des dizaines de textes souvent très documentés, exposant des avis tranchés sur les questions de financement du club. Ils ont introduit la pratique des tifos à Bollaert. Saison après saison leur raffinement et leur complexité n’ont fait qu’augmenter. Les enfants terribles du stade ont imposé par le talent ce mode d’expression de leurs opinions piquantes.

Ils sont vent debout face au football moderne qu’ils voient comme un dévoiement de la beauté du jeu par des élites corrompues par l’argent. Les ultra de Lens ont mené de véritables campagnes pour porter la critique au travers des tribunes. Ils ont organisé les supporters à un niveau très poussé, imposant le respect à tous. Leurs mots d’ordre sont aujourd’hui observés par le stade entier. Le clap-clap requiert une discipline évidente, mais ce n’est rien à côté d’une grève des supporters particulièrement suivie par les abonnés. Avec les Tigers, le supporter de Lens est en quelque sorte passé de la trompette à la mitraillette !

Travail et talent au service du RC Lens

Il faudrait qu’un sociologue documente le travail des Tigers, que l’on puisse lire combien d’heures de leur vie à chacun ont été consacrées à penser les animations, organiser les évènements, réaliser les tifos, favoriser les regroupements de supporters… Quelle somme d’ingéniosité, de sensibilité et de dévouement ! Ce travail gigantesque est probablement comparable à l’activité d’une PME ou d’une fédération départementale d’un parti politique.

Ces efforts ont payé. Encore une fois, disons-le, l’hégémonie des Tigers à Lens est incontestable. Elle déborde d’ailleurs du stade puisque les Tigers mènent des actions de bienfaisance, envers les enfants hospitalisés en période de Noël notamment. Les ultras soutiennent aussi des initiatives dont ils estiment qu’elles serviront la Ville, on se souvient de l’immense tifo couvrant toute la tribune pour appuyer l’idée du prêt de la Joconde au Louvre-Lens.

Les Tigers vouent leur vie à leur club et au football avec romantisme, pour un idéal qui serait opposé au Football moderne. Pour ce faire, ils déploient leurs talents et mobilisent leur force de travail. Ils ont permis aux tribunes populaires de se moderniser. Ils ont forgé une culture du supporter Lensois avec ses chants, ses pratiques et ses rites. De ce point de vue, c’est une réussite. Mais cette modernisation a dans le même temps été intégrée par le Club en tant que business, en terme de gestion des abonnements, d’image de marque, bref, de stratégie industrielle. Et l’on s’éloigne du jeu.