Une des fresques réalisées en juin dernier sous le pont Césarine, à l’occasion du Lens Style Busters, une convention internationale de graffiti, a été recouverte peu de temps après. Ce recouvrement est une sorte de saccage conscient, décidé en hauts lieux, dans un esprit de conservation borné.

A l’endroit où était située cette œuvre, une plaque commémorative signale par ces mots encadrés de drapeaux bleu-blanc-rouge en berne :  » Ici le 11 avril 1942 les trois mineurs communistes Charles DEBARGE Moïse BOULANGER Marcel LEDENT fondateurs des FTPF dans le Pas de Calais ont abattu deux soldats hitlériens – La Population lensoise n’oubliera jamais ses Héros « .

La fresque en question était constituée de lettrages à la calligraphie soignée. A la phrase We are not artists répétée en noire et gris de manière à couvrir tout l’espace venait se superposer des noms, ou plutôt des pseudonymes de graffeurs dans des tons lumineux.

Pas une souillure

La fresque occupait un espace commun avec la plaque commémorative. Pour autant, il s’agissait d’une œuvre artistique et pas une souillure destinée à casser. Elle a été recouverte d’un triste gris.

Les autorités municipales ont dû estimer que cette expression du présent ne pouvait pas cohabiter avec la commémoration des héros du passé sans la dévaloriser. Il est certain, sans juger de la qualité artistique du graffiti, que l’expression ironique, voire surréaliste, « nous ne sommes pas des artistes » pouvait être vue comme nuisant à la solennité du lieu.

Et la pub ?

Mais là où il faut reconnaître que la Ville de Lens a agi de manière bornée, c’est qu’à quelques pas, d’ignobles panneaux de publicités criards vantent leurs marchandises. Pourquoi ne pas avoir poussé la rigueur jusque là ?