Au Louvre-Lens, il ne reste plus que deux mois pour visiter l’exposition Les matières du temps. Le visiteur y trouve une soixantaine de pièces archéologiques découvertes dans les Hauts-de-France au cours des 150 dernières années. La plupart est d’une qualité esthétique qui n’a rien à envier aux œuvres présentées dans la pièce voisine, la galerie du temps. L’exposition met en évidence la matière comme source scientifique de l’Histoire. Malheureusement, elle ne permet pas au visiteur de comprendre l’Histoire.

L’expo s’achève le 20 mai

Des objets d’une grande beauté sont exposés. Des pièces d’orfèvrerie antiques comme un torque en or, des vases de faïence, des dallages, des sculptures d’art religieux du moyen-âge, des reliquaires, et puis des pièces plus récentes comme des fourneaux de pipes finement décorées datant du 19ème siècle.

L’exposition a le mérite essentiel de placer la science comme moyen d’explorer le temps. On comprend que grâce à la recherche archéologique, comme science, les historiens peuvent établir et valider des hypothèses scientifiques. Les objets datés avec précision s’insèrent dans l’échelle du temps en y posant des jalons.

Malheureusement, au travers de cette exposition, on n’explique pas au visiteur l’Histoire des Hommes. On ne lui permet pas d’envisager sa propre histoire. Pour cela, il faudrait que les objets historiques (ces matières du temps) soient accompagnés des explications nécessaires. Au delà de leur composition, de l’époque et du lieu de la découverte, il semble nécessaire d’expliquer en quoi un tel objet, en tant que produit des Hommes de l’époque avait un rôle déterminant sur la vie de ces Hommes. Pour cette expo, c’est un peu comme si on avait confié l’organisation de la visite à une agence de publicité…

Le cœur d’Anne de Lens

Par exemple, pour comprendre en quoi le reliquaire de plomb contenant le cœur d’Anne de Lens revêt une importance particulière, on ne peut pas se satisfaire du cartouche indiquant « Douai Période Moderne, 16ème siècle ». Le texte figurant dessous n’est pas plus éclairant. Il n’explique pas que la région est un haut lieu de la lutte acharnée contre la Réforme protestante. La noblesse doit sa survie et son statut au maintien du Saint Empire Germanique, c’est-à-dire au catholicisme politique.
Voilà pourquoi Anne de Lens, appartenant à la petite noblesse, a recours à la pratique royale, pourtant désuète, de l’embaumement et l’enterrement du cœur à part de son corps. Il s’agit d’un serment de fidélité à l’église catholique, un acte de dévotion par delà la mort. Douai est alors un haut lieu du conservatisme féodal des plus agressifs contre la Réforme qui porte la modernité bourgeoise. Faire vivre les techniques, les matériaux et les rites de la Noblesse catholique est un acte économique et religieux dont la portée est essentiellement politique.

A notre époque, alors que les réactionnaires pullulent, comprendre tous les aspects du cœur d’Anne de Lens est riche d’enseignements pour analyser les matières de notre temps.

Les matières du Temps,

Pavillon de verre du Mussée du Louvre-Lens,

entrée gratuite,

jusqu’au 20 mai 2019