Lens est une ville ouvrière. On n’hésite pas à glorifier son passé minier, qui nous a laissé une culture ouvrière. Mais, au présent aussi, et on le dit moins volontiers, Lens est aux ouvriers. Du moins, elle le devrait puisque pour plus de la moitié, les habitants sont ouvriers ou employés, bref, appartiennent à la classe ouvrière. A l’approche des échéances électorales, européennes (fin mai 19) et peut-être surtout municipales (l’an prochain), ils sont nombreux les candidats qui cherchent à savoir comment obtenir le vote des ouvriers. Dans la gauche lensoise, pour qui les ouvriers sont les électeurs « naturels », deux visions s s’opposent en apparence.

Hier, le Maire PS de Lens a été reçu par le Président de la République dans le cadre des échanges post-gilets jaunes. Il a expliqué dans la presse ce qu’il allait dire. Dans le même temps, le PCF d’Avion rencontrait des gilets-jaunes du rond point d’Eleu.

Le Maire se pose en gestionnaire face au Président de la République. L’approche qu’il a des problèmes de la population ouvrière est en quelque sorte vue du dessus. La gauche apparaît alors comme gérant une population dont elle connaît les problèmes, demandant à l’État d’intervenir davantage pour y apporter des solutions. Au travers de son intervention, le Maire évoque ainsi les problèmes sociaux, la santé et les transports. Il invoque l’aide de la puissance publique. Les aspirations de la population ouvrière ne sont pas citées par le Maire, il agit comme s’il les avait intégrées. Les ouvriers sont vus comme des citoyens, la gauche serait « aux affaires ».

Le PCF d’Avion – on se souvient que le Maire d’Avion avait interpelé Emmanuel Macron pour qu’il organise un « grand débat » dans sa ville – se positionne physiquement au côté des gilets jaunes. Le compte twitter des jeunes communistes présente quelques photos d’ambiance barbecue en bord de route. Tout cela rappelle les images un peu moches d’aire d’autoroute, de pique-nique dans les gaz d’échappement. Au delà de la forme, le PCF se veut à l’écoute des gilets-jaunes vus comme l’expression d’une contestation ouvrière. Ce que les gilets jaunes sont à l’évidence en partie. La gauche est alors un réceptacle direct des revendications populaires. L’épaule sur laquelle on peut s’épancher quand la droite au pouvoir fait la sourde oreille. Il s’agit d’une sorte de fonctionnement parallèle au syndicalisme, quasiment identique dans la forme. La Sénatrice PCF Cathy Poly-Apourceau s’est d’ailleurs rendue à l’invitation du Président Macron avec notamment Fabien Roussel pour lui remettre les propositions du parti pour la région et pour la France, avant de repartir bien vite. Cette attitude fait penser à celle de la cgt dont les délégués se rendent aux négociations salariales pour déposer un cahier de revendications mais ne décrochent pas une parole. Les ouvriers sont vus comme des travailleurs, la gauche incarnerait « la lutte ».

Dans l’ambiance de crise qui n’en finit pas, telle qu’elle est vécue ici, on sait que la gauche peine à retrouver la confiance des ouvriers. C’est peut-être qu’ils ne sont ni des citoyens au sens républicain du terme, ni des ouvriers au sens syndical du terme. Face à la bourgeoisie au pouvoir, la population ouvrière n’attend peut-être pas de la gauche qu’elle soit aux affaires à sa place ou en lutte à sa place.