Concrete jungle, la jungle de béton est le surnom de Trenchtown, le quartier de Kingston en Jamaïque d’où est originaire Bob Marley. Il s’agit aussi, bien sûr, d’un des plus fameux titres du répertoire de reggae. Ce titre évoque la difficulté d’éprouver des sentiments véritables et de connaître l’amour tant la ville corrompt les coeurs.

La France n’est pas la Jamaïque et Lens n’est pas Kingston. La classe dirigeante n’est pas corrompue par l’influence des USA ou d’une quelconque autre puissance étrangère au point que les institutions s’en trouvent complétement vérolées. Les ressources du pays ne sont pas pillées de l’extérieur, la classe dominante en profite bel et bien. De part son histoire, notre pays fait partie des exploiteurs bien plus que des exploités et pour sa survie la population n’est pas tiraillée entre la dépendance à des colons et l’asservissement à un mode de vie féodal.

Pas si loin de Trenchtown

Pourtant, à bien des égards, ce titre de Marley nous parle. Notre ville, sans être une métropole tropicale, est comme une succession d’alignements de maisons dans un étalement de bitume, de briques et de béton qui semble dépourvue d’ordre. Elle n’est pas qu’Art Déco. La jungle, la forêt tropicale, est un désordre apparent mais qui répond en fait aux règles biologiques décrites par la science. La ville est quant à elle un chaos qui répond dans la pratique principalement aux règles du marché, celles de l’offre et de la demande. C’est-à-dire à l’absence de règle… En parcourant les rues, il suffit de regarder ses façades disparates, les stations-essence faire face aux habitations, de voir le nombre de maisons vides et murées. On comprend que ce qui guide l’organisation de l’espace urbain, ce n’est pas la vie de habitants.

Où l’amour peut-il être trouvé ?

L’agglomération lensoise est une véritable jungle de béton aussi parce que la vie des cités ouvrières ressemble à celle des cités-dortoir. C’est chacun sa vie, chacun chez soi, chacun sin pain, chacun s’n’ héring… Les espaces de rencontre comme les jardins publics sont rares, les sociétés et associations sont délaissées au profit des clubs privés et des commerces impersonnels où chacun est réduit à être un consommateur. La vie affective est sans cesse remise en cause. Il faudrait accumuler les expériences, assumer les bassesses, vivre une sexualité évaluée en terme de quantité, etc. Alors, nous sommes comme le narrateur de la chanson , nous cherchons quelqu’un qui pourra nous aider dans la jungle de béton.

Visionner un enregistrement du titre Concrete Jungle par Bob Marley & the Wailers, en live à la BBC en 1973.