La chose est courante dans les stades et, il faut bien l’admettre, elle est courante à Bollaert aussi, de violentes invectives ont été lancées par les ultras lensois vers la tribune adverse ce vendredi. Depuis, la polémique enfle. La pression est telle que le racing a publié un communiqué. La Ligue de Football Professionnel affirme sa volonté d’intervenir pour rechercher et sanctionner les coupables. C’est que les propos tenus sont considérés comme homophobes et, de ce fait, pénalement répréhensibles. Les supporters sont partagés sur le sujet mais globalement ils semblent soutenir le kop. La gravité du sujet est niée. Même s’il s’avèrait que les ultras ne sont pas homophobes, ils démontrent leur incapacité à relever le niveau culturel de la tribune et, quoi qu’ils en disent, à défendre les valeurs sportives contre le football moderne.

Les ultra lensois ont donc invité, haut et fort, les supporters du Valenciennes Football Club à aller se faire encu*er. La question qui fait polémique est donc de savoir si de tels propos sont d’une nature homophobe. Peut-être que non…mais alors c’est sûrement pire.

Peu importe

Peu importe au fond de savoir si les ultras utilisent de manière consciente le nom d’une pratique sexuelle attribuée aux gays pour insulter l’adversaire. Peu importe donc qu’ils aient objectivement une dent contre les personnes homosexuelles.

Le fait est que tous ceux qui hurlent ce genre d’imbécilités le font avec désinvolture. Comme si cela n’avait pas de conséquence. Tout cela ne serait que bravade face à l’adversaire… Or, si ces gens ne sont pas homophobes, ils s’amusent pour le moins à évoquer des violences sexuelles. En effet, pour qu’un « vas te faire enc*ler » aient une quelconque portée de provocation, il faut bien que le destinataire n’en ait pas envie… Nos ultras rient du viol. Il y a là toute une mentalité abjecte.

Une tradition que les « vrais » connaissent

Un autre aspect de cette histoire est le côté identitaire. A double titre en fait puisque, d’une part, tout cela se passe entre supporters, et que, d’autre part, le match est un derby régional. Ceci est présenté par certains comme une justification, ce qui critiquent n’y connaissent rien au foot, ne connaissent pas Bollaert, etc.

Dans le kop, on est donc dans un entre-soi (#coucoulamarek). Un milieu essentiellement masculin, pas très éloigné finalement du fameux BBB (pour Bière-Baise-Baston) des skinheads dont ils réutilisent certains codes. Le virilisme n’est donc jamais bien loin, et il n’est pas surprenant au final que l’organe sexuel masculin puisse être vu comme une arme pour déshonnorer la victime, le perdant.

On a donc tout un groupe d’hommes hurlant des imbécilités censées provoquer l’adversaire, l’humilier, etc. Certains prétendent qu’il s’agit là d’une tradition inhérente au phénomène de derby, c’est-à-dire de rencontre entre deux clubs voisins et riveaux. Alors là, c’est radicalement le chauvinisme qui est porté aux nues. On pourrait tout justifier, même l’appel au viol de l’adversaire, sous prétexte de querelle de clocher.

Et si on fraternisait ?

Tout cela témoigne d’un repli sur soi lamentable, déchirant quand on sait à quel point Lens et Valenciennes se ressemblent. Nos villes ont le même passé industriel, leurs richesses ont été produites par la classe ouvrière qui s’est trouvée délaissée, démunie quand la bourgeoisie a retiré ses billes. Les lensois et les valenciennois devraient chanter en coeur à la fraternité des travailleurs. Sinon, à quoi bon frissonner sur « les corons », à quoi bon les tattoos de lampes de mineurs ?

De la même manière, les ultras prétendent volontiers représenter une opposition au « football moderne » qui serait un dévoiement du sport qu’ils aiment. Les ultras seraient des résistants face au business qui pourrit le football. Est-ce pour cela qu’ils tolèrent (ou encouragent ?) ce type de comportement proprement arriérés dans leur tribune ? Le refus de la modernité, ce serait forcément défendre le passé à tout prix, y compris dans ce qu’il a de plus crasse ? Et puis d’ailleurs, la concurrence qui devient la guerre, ce n’est pas une valeur de businessman justement ?

Il doit pourtant être possible d’aller de l’avant, de dépasser le football moderne en défendant l’esprit du jeu contre un football réduit à un marché. Défendre l’esprit du jeu, alors, c’est défendre ses valeurs positives, comme le fair play, l’élan de justice qui doit régner entre les joueurs, tous, y compris donc le douzième.