Détruit au plus fort de la « révolte sociale » des gilets jaunes, le radar situé au niveau de Cora Lens 2 sur la RN47 avait été remplacé mi-avril. Le 26, le nouveau radar est couvert de peinture, inutilisable. En ce premier mai, fête des travailleurs, rocade y voit une occasion de remettre une couche (lol) à propos des gilets jaunes.

Loin de Fourmies

La fête des travailleurs, le 1er mai, est depuis l’origine un évènement revendicatif des ouvriers partout dans le monde. Légaux ou réprimés, manifestés ou « chômés-payés », il y a deux aspects principaux à ces évènements. D’une part, les travailleurs utilisent cette journée symbole pour revendiquer des avancées sociales pour la classe ouvrière du pays face au patronat et à l’Etat. D’autre part, les organisations ouvrières de chaque pays rappellent leur attachement à l’internationalisme, ils dénoncent par exemple des situations jugées particulièrement inaceptables pour les travailleurs dans certains pays. Ils marquent que la classe ouvrière déborde les frontières nationales.

De tout cela, les gilets jaunes se fichent. Enfin, plus précisément, les gilets jaunes l’ignorent. Ils n’expriment pas les aspirations au progrès de la classe ouvrière mondiale. Ils sont une sorte de bégaiement d’un même constat franchouillard, d’un sentiment d’injustice des « petits » face aux « grands ». On trouve donc un peu de tout dans leurs rangs, puisqu’il suffit de se dire « petit » victime des « grands » pour avoir sa place dans le mouvement. Il y a donc des contractictions. Il y a aussi et surtout des incohérences.

Coluche, Desproges, l’abbé Pierre…

Les gilets jaunes ont leurs héros populaires. Eux se prennent pour des Robins des Bois du bitume. L’auto a été depuis le départ l’objet rassemblant les gilets jaunes. C’est d’ailleurs là qu’ils y ont trouvé leur uniforme. L’automobiliste serait, selon l’expression, une « vache à lait » dont l’État tirerait des profits sans cesse grandissant. Evidemment, il y a à l’occasion une dose de complotisme, puisque l’État prétexterait une volonté de faire baisser le nombre de morts sur les routes ou utiliserait le prétexte écologique. Mais eux, les gilets jeunes savent bien qu’en fait, l’État ne veut que leurs sous.

Le travailleur au 1er mai veut du progrès social, une société meilleure, plus démocratique et plus égalitaire. Il suit, encore aujourd’hui en dépit des déboires à gauche, l’élargissant et l’amplifiant, l’élan formidable des revendications de l’origine : la journée de huit heures, pour laisser huit heures de repos et huit heures d’épanouissement.

Le gilet jaune veut arrêter de payer. Il veut ses sous. Pour lui.

Le code de la route est plutôt égalitaire. Catégorie par catégorie, les véhicules qui empruntent les routes subissent les mêmes contraintes. Le SUV Porsche, obsène, ou la vieille Clio doivent s’arrêter quand le feu passe au rouge, ils repartiront au même passage au vert. Quand la vitesse est limitée à 80 km/h, tous doivent rouler sous cette limite, sauf à commettre la même infraction. Il n’y a d’injustice scandaleuse que pour ceux qui veulent pouvoir rouler comme ils veulent, sans conséquence.

Des conséquences, il y en a pourtant. Même le Comité Indépendant d’Evaluation des 80 km/h créé par l’association 40 millions d’automobilistes, très hostile aux contrôles de vitesse, est obligé de reconnaître que plus de 100 vies ont été épargnées depuis le passage aux 80. Il ne lui reste que la mauvaise foi de parler d’un effet « plus que limité », au prétexte que le gouvernement misait sur 400 vies sauvées… décompte maccabre.

Indirectement, quand ils sabottent des radars, des gilets jaunes provoquent des morts sur la route.

Tu parles de Robins des Bois !