La manière dont la ville s’amènage est une question qui conerne les habitants. Encore faut-il que ceux-ci se mèlent d’urbanisme et cherchent à débattre du sujet. A Lille, le projet minicipal d’aménagement d’une grande friche industrielle provoque une intense activité démoncratique. A Lens, il semble que les habitants délèguent entièrement la responsabilité de tels choix, qui pourtant les intéressent.

La semaine dernière, des activistes opposés au projet de réaménagement de la friche Saint Sauveur à Lille ont installé sur le site une sculpture en forme de doigt d’honneur géant tournée vers le beffroi de la mairie. Les associations impliquées mettent notamment en avant que le projet qui vise à bâtir des logements collectifs, des commerces, des lieux de travail et des équipements sportifs ne répond pas aux attentes de la COP 21. La pression exercée par la population depuis plusieurs années maintenant s’explique donc en partie par des motivations écologiques.

Lens n’est pas Lille

Les lensois cultivent leur différence d’avec les lillois. Evidemment, comme en toute chose à Lens, il y a le football. On lit sur les murs aux quatre coins de la ville des « lillois mierda », comme une insulte de supporter à supporter (#CoucouLaMarek). Mais la défiance est bien plus sérieuse que cela. C’est une question qui a à voir avec l’histoire ouvrière. Lens la prolétaire du Pas-de-Calais ne veut rien avoir à faire avec Lille la bourgeoise du Nord. Dans des situations comparables, les lensois n’agissent pas comme les lillois.

A Lens, la friche industrielle qui se situait au bord de la rue de Londres n’est plus. A la place des herbes folles et des monts de gravats se dressent aujourd’hui des immeubles d’habitation et leurs parkings privatifs. Les « accédants à la propriété » et les propriétaires attendent la livraison de leurs appartements. Un tel projet aurait pu faire l’objet d’un âpre débat. En effet, une telle surface disponible en pleine ville avait de quoi exciter l’imagination des habitants. On aurait pu y vouloir un grand espace vert, comme un central parc lensois. D’autres auraient peut-être imaginé un plan d’eau comme au parc de la glissoire. D’autres surement un énième terrain de foot… Car, située entre le centre ville et le quartier de la grande résidence, cet espace avait tout d’un lieu de rencontres, de partage, un lieu formidable pour les habitants.

Les promoteurs ont les mains libres

Aucune voix ne s’est pourtant élevée contre le choix de confier l’aménagement de la friche à des promoteurs. Mieux encore, les promoteurs immobiliers de ce qui n’était alors que le projet « Luminescence » ont même pu installer une sorte de bungallow de luxe, en bois pour faire éco-responsable, sur la place du Cantin. Cela, sans faire sourciller personne.

Les lensois n’agissent pas comme les lillois. Pas question certainement d’ériger une sculpture… trop bobo peut-être. Mais le débat d’idées et sa manifestation aurait pu prendre un autre tour. Des assemblées, des regroupements, des associations. Là, rien. C’est comme si l’espace urbain n’était pas un espace public dont on peut choisir ce qu’on y fait. Tout est pratiquement encore comme si Lens appartenait aux compagnies, ou bien comme si on attendait d’un Basly qu’il défende l’intérêt des ouvriers qui composent la population. « Laissons faire Basly, il saura quoi faire, lui. Il sait toujours ce qui est mieux pour nous ».

Parce qu’ils n’osent pas, ou parce qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent, les lensois ne s’organisent pas pour prendre en main l’espace public, la ville, l’urbanisme. Pour tout cela, ils laissent faire ceux qui entreprennent.