A Lens, le mouvement des gilets jaunes s’est évanoui fin 2018 dans une sorte de procession silencieuse dans les rues du centre ville, avec des croix de bois et des drapeaux bleu-blanc-rouge. S’il reste aujourd’hui encore quelques personnes au rond point d’Eleu et des lache-rien qui joignent ceux de Béthune ou de Hénin, ils sont les seuls à ne pas avoir compris que les gilets jaunes, c’est fini !

Le pic du mouvement, c’était le weekend du 11 décembre et on a bien cru qu’il allait enfin se passer quelque chose d’intéressant, après près d’un mois de revendications de boutiquiers.

Sur fond de manifestation de la jeunesse, des gilets jaunes avaient décidé d’aller -pour la première fois- troubler les petites sauteries de la bourgeoisie en s’invitant dans les bunkers quatre étoiles du quartier du Louvre-Lens.

Bon, c’était sans compter la police, les agents de sécurité et le mélange de candeur et d’indiscipline de personnes pour qui être gilets jaunes est la première activité politique.

Depuis, le truc est au point mort.

Il y a comme un paradoxe. D’un côté, on parle de « mouvement » des gilets jaunes, avec des actions organisées chaque jour d’abord, puis au moins une fois par weekend, des gens se sont investis pour la plupart de manière sincère. D’un autre côté, la société vue par les yeux des gilets jaunes reste bloquée, comme immuable.

Car les gilets jaunes au fond, ce qu’il veulent, ce n’est pas aller de l’avant. Il n’est pas question d’embrasser l’avenir, de décider du dessein d’un monde nouveau. De mai 1968, les gilets jaunes n’ont rien pris, sauf peut-être une sorte de fascination malsaine pour « la casse » comme mode d’action dans les grandes villes. Ils n’ont surement pas le goût de l’utopie joyeuse et d’esprit politique.

C’est avant tout des mesures d’aide économique apportées à un modèle social à bout de souffle qu’ils demandent. Ils réclament un soutien venant de l’Etat qui est le même que celui de De Gaulle, et qui permettrait de vivre « comme avant ». Les gilets jaunes veulent vivre comme à l’époque des parents, comme dans les 30 prétendues glorieuses.

Mais le mouvement finalement trop timide n’est pas allé au bout. Car à ce compte là, s’il est question de réanimer le passé, pourquoi ne pas demander la réouverture des fosses qui donnaient du boulot aux hommes ? La destruction du centre commercial Pop’A Lens 2 dont on dit qu’il tue le centre ville ? Pourquoi ne pas envoyer les jeunes filles dans des centres d’enseignement ménagers plutôt qu’au collège, tant qu’on y est ?

Le mouvement des gilets jaunes ne va pas de l’avant. Mais, même s’il faut bien admettre qu’un bon nombre d’individus réactionnaires composait les troupes des ronds-points, comme le 17 novembre route de Béthune, le truc ne va pourtant pas franchement en marche arrière…

Là encore, on est bloqué.

Faute d’avoir voulu faire de la politique en déterminant dans des assemblées internes le sens à donner au mouvement :

  • Futur ou passé ?
  • Gauche ou droite ?
  • Ouvriers ou entrepreneurs ?

Faute d’avoir fait naître leur propre culture, mais en se corrompant dans l’ambiance apéro à rallonge, les gilets jaunes ne laissent aucune fondation pour un futur mode de vie.

La seule chose qui nous reste en fait, c’est que le gilet jaune acheté il y a des mois pour être en conformité avec la législation sur la sécurité routière, qu’on avait posé sur le tableau de bord, il ne rentre plus dans son emballage, il ressemble à une wassingue rentrée en vrac dans la boite à gant.