Quand on parcourt ses rues le dimanche après-midi, la Cité des fleurs apparait à la fois proprette et morne. Vestige d’un certain mode de vie ouvrier, elle témoigne aujourd’hui des liens entre habitants qui se distendent, jusqu’au repli individuel.

Flâner dans la cité des fleurs un dimanche après-midi à l’approche du printemps est une expérience contradictoire. D’un côté, en s’éloignant du centre ville, on quitte l’agitation. Marcher un dimanche après-midi dans le centre ville de Lens, ce n’est pas se marcher sur les pieds les uns les autres. Il y règne une circulation bruyante. C’est que l’auto est reine à Lens. Une Reine de Coeur d’Alice au Pays des merveilles, furieuse et assassine. Les moteurs braillent et les pneus crissent en croisant et écrasant les conversations des piétons.
La Cité des fleurs apparait, de l’autre côté de Bollaert, comme un apaisement.

En suivant le lien ci-dessus, découvrez une autre expérience de flânerie dans les rues de Lens

Les petites maisons de plain pieds, dont les plus anciennes dateraient de la reconstruction de Lens après la première guerre mondiale, sont entourées de jardinets. C’est Félix Bollaert qui est alors à la tête de la Compagnie des mines. Paternaliste comme l’est alors la bonne bourgeoisie, il fait bâtir la Cité pour y loger les vieux mineurs et leurs familles. Le jardin est vu comme un lieu d’agrément plus que comme un lieu d’où l’on pourrait tirer des subsistances. Les mineurs cultivent leurs légumes en dehors de la Cité, souvent même en dehors de la ville.

Ce qu’indiquent nos sensations

L’ambiance d’un lieu est quelque chose de subjectif. Placées l’une à côté de l’autre au même endroit, deux personnes n’éprouveront pas nécessairement la même chose. Cela fait appel à l’émotion ressentie, c’est-à-dire à la réaction du corps à la suite immédiate des sensations perçues.

On entend le chant des oiseaux jaillir des arbres, des bosquets et des haies. Les forsythias bourgeonnent, les pelouses sont rases et soignées. Crocus et narcisses des parterres s’apprêtent à fleurir près des portes d’entrée. Ce n’est pas la vie sauvage, la nature libre et luxuriante. Tout cela est maîtrisé. Néanmoins, il est agréable de sentir vibrer le printemps tout proche, en marchant en ville.

De jolies petites propriétés privées

Les trottoirs sont larges et propres, de chaque côté de la chaussée étroite. Devant chacune des maisons, plusieurs autos sont stationnées, soigneusement, les roues bien droites. Bien souvent, le gilet jaune couvre la planche de bord, du côté passager. En tournant le regard vers les fenêtres, on devine les repas de famille qui trainent en longueur, les petits-enfants venus fêter les mamies… On devine, mais rien ne transparait. Les rues sont insipides. Pas de cri d’enfants, pas d’odeur de cuisine, pas d’agitation. C’est chacun chez soi.

Sur certaines boîtes à lettres, presque toutes celles de la rue des marguerites notamment, un autocollant « voisins vigilants » prévient les indélicats. Tout n’est pas perdu de l’époque où l’on vivait entre voisins comme dans une sorte de communauté, avec toute une culture commune faite de travail, de souffrance et de fierté. Si l’on ne prend pas soin les uns des autres gratuitement, par bienveillance, on surveille la propriété de l’autre quand il est en vacances.

Tout n’est pas perdu de la grande époque ouvrière, mais le repli de chacun à l’intérieur de ses murs assèche la vie dans la Cité. Et ce n’est pas en adoptant une mentalité de gilet jaune que le printemps réjouira nos sens à la Cité des fleurs.

One Reply to “Un dimanche après midi à la Cité des fleurs”

Comments are closed.