Aujourd’hui c’est lundi. Lundi de Pâques pour les catholiques. Pour les gens de culture polonaise, c’est une journée festive : dyngus ! Cette tradition est bien vivante dans de nombreuses familles lensoises. Au delà de la pratique religieuse, c’est une célébration de la vie. Réjouissant !

Le lundi de Pâques est un jour férié, non travaillé dans de nombreuses entreprises. C’est souvent l’occasion de se retrouver en famille, de manger dehors, voire de faire quelques kilomètres pour faire un pique-nique en dehors de la ville. Il fait beau… ça risque de finir en « bataille d’eau ».

En famille et entre amis, la fête

Dans beaucoup de familles, l’arrosage collectif est un véritable rituel. C’est Dyngus (pour Smigus-dyngus, lundi arrosé). La tradition veut que les jeunes garçons et les jeunes filles s’aspergent d’eau les uns – les autres… le printemps… tout ça ! L’eau est le symbole de la vie. Au printemps, le soleil réchauffe l’air et le sol, l’eau irrigue les milieux et la vie semble renaitre après l’hiver. Les familles polonaises venues travailler dans le bassin minier étaient pour beaucoup d’origine paysanne. La relation aux éléments naturels, au rythme des saisons était intense, de même que la sensation de dépendre de la nature.

Aujourd’hui, chacun trouve son repas au supermarché et la vie communautaire n’a plus rien à voir avec l’époque des champs en pologne, ni même avec celle des mines. Mais dyngus reste une occasion de se réjouir d’être en vie (et d’avoir survécu au mazurek de mamie) !

Le sens de la vie ?

Ce peut-être aussi l’occasion de s’interroger, justement, à propos de l’eau. Lens s’est en partie développée par son rapport à l’eau. Dès l’Antiquité, le savori-faire de drainage permet de tirer profit de marais omniprésents. La plupart des villes de la Gohelle se peuplent alors, car la domestication de l’eau facilite la vie. Les noms de Noyelles ou Noeux sont des rappels de leur origine marécageuse.

Lens a quant à elle directement tiré ses ressources du canal de Lens à la Deule, irrigué par la Souchez. Ce canal a longtemps permis aux ateliers et aux paysans d’échanger avec les marchands flamands. C’est comme cela que le bourg a pu s’enrichir et se développer, devenant une ville avant même la révolution industriuelle. Le canal a connecté Lens aux villes voisines et à toute l’europe du nord jusqu’aux années 1960. André Delelis, alors maire de Lens, convaincu que l’avenir de la ville passe par là, obtient des autorités de l’état le raccordement à l’autoroute et fait bâtir la rocade sur le canal. Lens n’est dès lors plus une ville d’eau.

A Lens, on le sait, l’eau est de très mauvaise qualité, la pollution est terrible. Dyngus, c’est la célébration de la vie qui renait. L’eau devrait pouvoir donner la vie.