Le dimanche 23 juin, au parc d’Olhain, un évènement festif est organisé. Le « grand briquet » aurait de quoi faire rager les gens des classes populaires. Pourtant, pas une voix ne s’élève pour dénoncer le truc. Au contraire même, les réservations abondent, l’évènement fera recette. L’adhésion du plus grand nombre au mode de vie de la classe dominante semble sans conteste.

Pique-nique de chefs

Dans le cadre de la saison 2 de Odysée, un « pique-nique » est préparé par une quinzaine de chefs et d’artisans des métiers de bouche. Pour 9 euros, il sera par exemple possible de manger des plats cuisinés par le grand chef Marc Meurin. A titre de comparaison, un menu « du marché » (le moins cher) dans son restaurant près du Louvre-Lens coûte plus de 55 euros par personne. En plus des autres restaurateurs, on trouvera des fromagers, des pâtissiers, etc, tous auréolés de prestige. On devine que le pique-nique sera sophistiqué, sûrement composé à la mode cuisine-moderne, dans la célébration de l’élitisme.

Le briquet, le vrai, c’est le casse-croûte du mineur. Simple, évidemment, il devait tout son charme au fait d’être partagé entre copains de travail. Depuis la fin du 19ème siècle, le briquet était mangé sur un temps de pause inclus dans le temps de travail. Vingt minutes d’une coupure dans le travail payée par la bourgeoisie, le briquet c’est aussi le fruit des mobilisations de la population ouvrière du bassin minier.

Faire briquet

Les esprits créatifs de la classe dominante, en imaginant ce « grand briquet » ont simplement volé la classe ouvrière. Il ne s’en sont pas inspiré. Il ne s’agit pas d’un hommage. Car alors il aurait fallu conserver les fondamentaux : simplicité et convivialité, à l’occasion d’une activité de production. Il est d’ailleurs peu probable que les artisans envisagent de rendre hommage à la classe ouvrière. Qui a déjà travaillé dans la restauration ou dans une boulangerie peut témoigner de la mentalité de presse-citron qui dirige ce genre d’entreprises.

La population ouvrière devrait être révoltée. La classe dominante élargit son domaine en détournant le patrimoine historique des mineurs. Mais la classe ouvrière ne s’oppose pas, même pas symboliquement. Pire, les gens veulent participer. Employé de banque, aide-soignante, vendeur, ouvrière, intérimaire, ils s’inscrivent pour aller manger du Meurin. Cela en dit long sur la manière dont la bourgeoisie a laissé une empreinte profonde sur les classes populaires. Long aussi sur le peu de ressources dont dispose la classe ouvrière pour avancer selon ses propres désirs, avec sa propre culture.