« Combien de sucres dans ton café ? » C’est une question traditionnelle quand un ami arrive à la maison et qu’il accepte un jus. Christophe est un vrai gars du bassin minier. Il ne demande pas si je veux du sucre ou non. Le sucre, ici, ça va sans dire.

Quand il était enfant dans les corons de Divion vers 1965, sa maman glissait un bloc de sucre candy dans sa tétine. Ca le calmait bien. En fait, le sucre, c’est un truc de famille.

Son père, électricien au fond ne partait jamais sans son tabac au rhum, son briquet et son thermos de café bourré de sucre. Et il se souvient de la tarte à gros bord partagée le dimanche, comme dans de nombreuses familles de la région.

Le sucre, Christophe l’a aimé sous toutes ses formes, du jus de pomme au bonbon « bien chimique ». Il a de merveilleux souvenirs des matins où, en arrivant au travail au centre social, il trouvait les gâteaux de l’Aïd, au miel, aux amandes, aux dattes ou à la pistache, apportés pour la fin du ramadan.

Il garde quand même une nette préférence pour le chocolat, surtout au lait. Quand ses enfants étaient petits, il s’est même amusé à leur faire croire que le chocolat piquait la langue. Que c’était un aliment pour les adultes. La supercherie n’a pas duré longtemps, mais comme il dit avec malice, pendant ce temps, il n’a pas eu à partager.

Elles ont pu se rattraper ses filles. Sauf aux heures des repas, il ne leur a jamais refusé un Carambar ou un Pimousse. Cette nouvelle génération, plus informée, limite clairement la consommation de bonbons de ses propres enfants, mais c’est difficile de passer outre les céréales à la mode et les soda.

Quand sa petite fille vient à la maison, Christophe fait attention à lui donner des aliments qu’il estime plus sains. Des fruits, des laitages, du bio quand c’est possible.

Christophe paie le prix fort pour son goût du sucre. Il a été diagnostiqué diabétique de type 2. Tous ses organes sont « déréglés » comme il dit. Il a des médicaments à prendre avant tous les repas. Il espère qu’avec ça il pourra éviter de devoir se piquer à l’insuline. Malgré tout, il ne sait jamais quel sera son taux de sucre le matin, même quand il fait attention (et il fait attention). Il se bat pour ne pas craquer, pour ne pas mettre son nez dans un paquet d’oursons en guimauve. Il sait qu’il est comme un toxico, toujours sur la brèche. Il sait aussi que malgré ses efforts, son espérance de vie est diminuée et qu’il devra être suivi pour le reste de ses jours.

– Alors ? Un ou deux ?

– Je le bois sans sucre, merci Christophe.