Hier matin, aux abords du stade Bollaert, un grand nombre de pigeons a pris son envol. Il s’agit d’un évènement colombophile organisé dans le cadre des festivités Odysée. Il y a une ambivalence des sentiments à l’égard des pigeons à Lens. Hier, ils étaient à la fête.

Euralens cherche à valoriser la culture du bassin minier pour dynamiser le commerce local. Lens devient la ville centre de ce nouveau territoire. Pour son anniversaire, Euralens s’appuie sur une particularité culturelle marquante du bassin minier : la colombophilie.

Plusieurs milliers de pigeons

Regrouper et faire s’envoler 15 à 20 000 pigeons est un tour de force. La France entière ne compte que 11 500 colombophiles d’après la fédération. Un grand nombre de ceux-ci habitent dans la région, le siège de la fédération est d’ailleurs situé à Lille. On est donc en plein dans la tradition régionale ! 20 000 pigeons est un chiffre énorme, quand on sait par exemple que le tour de France colombophile compte 85 oiseaux participants.

L’autre tour de force a sûrement été d’adapter les conditions d’organisation aux fortes chaleurs. La fédération recommandait de reporter les évènements autant que possible, ou d’adopter des mesures exceptionnelles pour garantir la sécurité des pigeons. Le transport notamment a dû faire l’objet d’un aménagement particulier : réduire le nombre de pigeons par panier, limiter la hauteur de « stockage » , veiller à ce que la température ne dépasse par 30 degrés dans le camion et stationner le véhicule à l’ombre. Evidemment, les pigeons auront été abreuvés abondamment avant le transport et pendant celui-ci. A cette température en effet, les pigeons ne peuvent efficacement réguler leur température corporelle en vol que s’ils ont consommé de l’eau fraîche en quantité.

Un spectacle grandiose

L’envol d’un si grand nombre de pigeons est un moment fabuleux et réellement spectaculaire. Le claquement de leurs ailes s’accompagne de leurs cris de joie quand ils s’élancent vers le ciel. On se sent alors tout petit en présence d’un tel déferlement de vie.

Euralens aura été satisfait. La métaphore est peut-être trop appuyée, mais elle flatte son image : au travers de la culture propre au bassin minier, le territoire trouve l’énergie de décoller, de s’arracher de terre par le dépassement de soi…

Les pigeons de la ville de Lens

La réalité n’est pourtant pas facile pour les pigeons à Lens. S’ils sont respectés par une grande partie de la population, ouvrière souvent, habituée à vivre avec eux, d’autres voudraient bien qu’ils soient éliminés. Parmi les habitants du centre ville en particulier, ils ne sont pas rares les riverains ou les commerçants qui véhiculent tout un tas de préjugés au sujet des pigeons. Ils seraient sales, porteurs de maladie, on les comparent alors aux rats. Pourtant ils auraient bien besoin d’un coup de main les pigeons lensois. Ils manquent de lieux pour gîter à cause des combles isolés et de la raréfaction des arbres. A défaut de fontaines, ils ne peuvent pas facilement accéder à de l’eau fraîche pour s’abreuver et nettoyer leur plumage. Les colombophiles de la nouvelle génération seront peut-être, non pas des compétiteurs, mais des amoureux désintéressés des pigeons. On peut l’espérer.