Desserte TGV de Lens : Sylvain Robert serait-il naïf ?

Moins de TGV s’arrêteront en gare de Lens à partir de 2020. La SNCF l’a annoncé voilà plusieurs mois. Le Maire de Lens, Sylvain Robert, a rappelé dans un récent post sur Facebook qu’il est contre cette décision. Il compte sur l’État. Le Maire serait-il naïf ?

Le propos de Sylvain Robert s’articulent autour de deux idées principales : d’une part, le train est un moyen de développement économique important et, d’autre part, l’état doit être cohérent en maintenant la desserte de Lens.

Le TGV pour booster la ville

On le sait, le projet économique pour Lens est de booster la ville en profitant du rayonnement du Louvre. Le train à grande vitesse, reliant Lens aux principales métropoles, est un moyen de faire affluer les touristes et leur argent, mais aussi des « cerveaux » et leurs compétences.

On peut donc penser que Sylvain Robert a raison d’en appeler au maintien de la desserte TGV de Lens. D’autant plus que l’état a signé un gros chèque pour « le renouveau du bassin minier ». Il en appelle donc à la cohérence, en mode : « les gars, on a un plan, on s’en tient au plan ! »

C’est sans doute là qu’on peut voir de la naïveté.

Car la logique de Sylvain Robert suppose que la SNCF soit un organe de l’Etat. Partant de là, le ministre des transports par exemple donnerait l’ordre au Président de la SNCF de maintenir la desserte TGV de Lens, et l’affaire serait entendue.

Un géant financier

Sauf que la SNCF n’est pas une administration. La SNCF est un groupe industriel et financier gigantesque. Le groupe possède le monopole du train en France, mais pas seulement. Dans ce groupe, l’une des composantes, la société SNCF Participations possède des parts dans plus de 650 entreprises sur tous les continents. Le groupe SNCF est un grand nom de la finance qui a des intérêts dans de nombreux secteurs industriels (d’ailleurs sans forcément de rapport direct avec le train), et dans de nombreux pays du monde.

L’État est un des principaux actionnaires de la SNCF. Mais peut-on dire que l’État dirige la SNCF ? Non, bien sûr, il ne le peut pas. La règle qui prévaut dans le groupe SNCF est celle de la propriété privée. L’État ne peut pas imposer son point de vue de manière unilatérale aux autres actionnaires. Ceux-ci sont libres, tout comme lui, de faire ce qu’ils veulent de leur propriété. D’ailleurs, la logique est simple : c’est celle du profit. L’entreprise prendra la direction qui est la plus profitable, celle qui permet de dégager les meilleurs résultats financiers.

L’État n’est donc pas vis-à-vis de la SNCF un Etat-central qui organise le transport ferroviaire au travers de la puissance publique, il est un Etat-rentier qui empoche les dividendes et accompagne le développement de l’entreprise.

Il n’est pas question de douter de la bonne foi de Sylvain Robert ni de celle des autres élus qui ont manifesté devant la gare de Lens au printemps. Ils pensent sûrement pouvoir changer le système de l’intérieur, l’amener à la raison. Mais leurs voix semblent bien faibles face au système économique et à ses monstres.