Destruction de la façade de l’Apollo : plus que de la nostalgie ?

Mardi, la façade de l’Apollo a été abattue. Avec la disparition de ce vestige du 20ème siècle, une page se tourne pour les lensois. Au delà du sentiment de nostalgie éprouvé, c’est une autre époque qui s’ouvre. Une autre manière pour chacun de vivre son ouverture au monde et à la culture.

L’évènement n’a pas rameuté les foules. Tous ceux qui s’émeuvent sur les réseaux sociaux de la perte d’un pan de l’histoire collective de Lens n’ont pas fait le déplacement. Loin de là. Pour assister à la chute de l’Apollo, il n’y a qu’une poignée de curieux, des passants pour la plupart, en plus des médias et des officiels.

Pourtant on peut lire les chouineurs se répandre sur les réseaux. Par des commentaires en noir et blanc ou en technicolor, ils regrettent le Lens d’antan, soit-disant toujours joyeux et solidaire. C’est sûr que placé en centre ville, avec sa grande salle de plusieurs centaines de fauteuils, l’Apollo était le principal cinéma où se retrouver, en famille et entre amis.

Les plus honnêtes l’admettent, dès avant de fermer ses portes en 2000, l’Apollo était vétuste, inconfortable et démodé. On est alors à l’apogée des « multiplexes », leurs gladiateurs et missions impossibles. L’Apollo était un cinéma fait pour une autre époque. Il était le lieu des grands rassemblements populaires. Tous assistaient alors à un même spectacle, de qualité variable selon les semaines, mais toujours avec un plaisir partagé. Au fil des ans, les sièges se sont enfoncés, le son s’est mis à manquer de relief. L’Apollo n’était déjà plus ce qu’il avait été.

La façade si caractéristique de ce bâtiment de style art déco a disparu mardi. Elle est partie en lambeaux, grignotée par les mâchoires gigantesques d’un engin de chantier aux allures de dinosaure. On peut déplorer que les lensois perdent une partie du patrimoine de la ville. Ce monument était en effet un des joyaux d’architecture du temps de la grandeur. Les promoteurs du nouveau projet l’assurent : le nouveau bâtiment intégrera une réplique exacte de la façade.

Les apparences sont sauves. Reste qu’il n’y a plus de cinéma à Lens.

Pour un habitant de la Grande Résidence, il faut compter une heure de bus – avec un changement à Bollaert- pour se rendre au cinéma du centre commercial de Liévin, pourtant à moins de dix kilomètres . Les plus jeunes, ceux qui n’ont pas connu l’Apollo ne se sont pas émus, logiquement, de la destruction de la façade, ne sont pas outrés qu’il faille perdre autant de temps pour aller au cinéma. Il n’ont rien connu d’autre. De toute manière, ils ont appris à voir des films en dehors du cinéma. On peut voir plein de films en streaming, et puis un film de cinéma, c’est si court comparé à l’émotion d’une série sur Netflix. Quant aux émotions ressenties en groupe, on peut faire confiance à la jeunesse pour cela. L’économie du film, le cinéma en tant que marché a changé. Les boutiquiers ont changé de magasin, l’art quant à lui reste le même.

Alors, l’émotion ressentie face à la destruction des restes de l’Apollo, ce n’est finalement peut-être que de la nostalgie.