«A Lens, y’a rien à faire» : le marketing crasseux de Marie s’infiltre contre Lens.

«  A Lens on danse ». Cette semaine, Marie s’infiltre a publié une vidéo sur le « Ch’nord » (sic) en général et sur Lens en particulier. Cette pastille est une pub pour le spectacle qu’elle jouera prochainement à Lille. La youtubeuse est connue pour son humour plus provocateur que subversif et ses mises en situation parfois drôles. A propos de Lens, elle fait à nouveau le buzz et provoque l’indignation. Au delà de cela, si elle n’a pas tout à fait tort, la classe dominante ne peut pas le reconnaître et les lensois ne peuvent pas l’accepter.

Elle fait figure de boutiquière et sa démarche n’a donc rien d’artistique

Faire parler de soi pour pas cher, les réseaux sont pollués par ces gens qui utilisent internet pour promouvoir leur entreprise. A ce titre, Marie s’infiltre n’est qu’un produit qui essaie de se faire de la place sur un marché. Elle fait figure de boutiquière et sa démarche n’a donc rien d’artistique. Inutile de commenter sa vidéo comme s’il s’agissait d’un documentaire ou d’une saynète comique. Ce clip de Marie s’infiltre n’est qu’une pub pour Maire s’infiltre. Rien là dedans n’est comparable à un film dense et questionnant comme, à titre d’exemple, « Enfants du terril » de Frédéric Brunnquell et Anne Ginztburger qui avait lui aussi remué la bourgeoisie lensoise.

La youtubeuse a bien sûr choisi les images pour illustrer son propos de départ : « A Lens, y’a rien. » Pour autant, les passants interrogés sont authentiques et leurs réactions spontanées. Et il est vrai que Lens n’a pas l’effervescence culturelle d’une métropole comme Lille, ni même le dynamisme de centres villes bourgeois comme Arras ou Béthune. Ce qui est inacceptable pour les lensois, c’est le sentiment d’insulte. Marie s’infiltre n’est pas loin du Kop du PSG et son «Pédophiles, chômeurs, consanguins: bienvenue chez les Ch’tis» (#CoucouLaMareck).

Mépris de classe

Avec les préjugés inévitables dus à sa condition, Marie s’infiltre pensait trouver à Lille les ch’tis de Dany Boon. Sa vidéo à Lens est celle de l’aventure d’une bourgeoise (même pas bohème) qui quitte son quartier branchouille pour venir se moquer des prolos. Ce sentiment d’être insultés que nous avons, c’est le ressenti que l’on a en face du mépris de classe.

Si à Lens il n’y a rien, c’est que c’est une ville ouvrière. La population a été maintenue captive, à l’époque du capitalisme florissant, dans l’unique but de travailler. A Lens on bosse, on mange et on se reproduit, on ne nous a longtemps laissé aucun luxe supplémentaire. Les travailleurs, dont les mineurs, ont permis le développement économique et culturel des grandes villes comme Lille. Grâce à des gens comme Basly, Lens a pu en récolter quelques miettes, l’architecture art déco en est un témoignage. Mais à Lens, on n’a pas d’opéra, pas de théâtre, pas de salle de concert, même pas de squat d’artistes…

Bien sûr, la gauche lensoise et ses élus ont répondu à la vidéo. C’est qu’en ce début de campagne pour les municipales, la publicité de Marie s’infiltre prend un tour politique. Il s’agit pour les élus du territoire de défendre leur bilan. A juste titre, ils mettent en avant les réalisations se voulant comme un pont entre le patrimoine de la ville et l’avenir qu’ils lui prévoient, notamment grâce au tourisme culturel. Mais ce n’est pas ce qui intéresse Marie la boutiquière. Elle veut des bars et des resto, car pour elle, une ville qui bouge, c’est une ville où elle peut consommer de manière oisive et stérile.