Jeudi, l’épouse du médecin tenait salon

La manière dont le candidat en campagne soigne ses soutiens dit beaucoup de choses sur le coeur de son électorat. Au meeting populeux et bigarré s’oppose alors le petit comité de l’entre-soi. Jeudi, dans une petite rue proprette de l’hyper-centre de Lens, Bruno Ducastel, candidat « sans étiquette » à la mairie, était l’invité de marque d’une rencontre organisée chez l’habitante.

Devant la maison, la grosse berline électrique de marque américaine semble prétendre qu’on peut aimer le luxe et le cuir tout en aimant la Planète. Une fois passée la lourde porte, l’intérieur bourgeois confirme l’impression première. L’accueil de l’hôtesse est tout à la fois souriant et signalétique. Au salon, le candidat tend à chacun une poigne ferme et lui offre un regard droit.

Nous serons une douzaine pour ce dialogue de campagne. L’expérience est assez confortable, les sièges dépareillés sont, comme l’ambiance, ouatés. Le docteur est ce que les bourgeois, les vrais, les grands, appellent un parvenu. Les gens comme lui agissent comme s’ils pouvaient prendre, seuls, une revanche sur la misère sociale de leur enfance. Ici le bon goût n’est pas évident, mais chaque objet dit avant tout que le propriétaire peut payer. Entre nous, les quatre pieds plantés dans les chevrons du parquet, une ample table basse design et immaculée abrite une authentique panthère noire de style art déco. Anguleux, lisse et élancé, c’est le seul animal de cette maison. Dans le séjour, pourtant percé de hautes fenêtres, aucune plante. Pour vivre, ces gens-là se suffisent à eux-même.

Les chalands sont groupés, au camelot de faire l’article.

En une phrase ? Toute la ville : ses habitants, ses associations, ses employés, ses transports en commun, ses bâtiments publics, son image, tout, tout doit permettre aux commerçants du centre ville de capter le passant pour qu’il lui achète quelque chose. Le rôle du maire est d’augmenter le flux de circulation, de faire tourner le client dans un large va-et-vient.

Jean Jaurès ? Le lieu d’une future halle couverte. Emile Basly ? Un marché temporaire le samedi matin. Florent Evrard, leader de la lutte des mineurs, n’est qu’une statue hideuse dans un square boueux. La population ouvrière de Lens n’est pas un sujet pour le candidat Ducastel. Il n’est pas question d’emplois, de culture ou de sport. Quant aux logements sociaux, ils sont des verrues qui amènent délinquants, trafics et incivilités.

Au fond le Lens du candidat Ducastel est une utopie, un lieu qui n’existe pas. Celui qui se présente volontiers comme le VRP de la ville vend du rêve aux petits bourgeois du centre ville.

Notre hôte s’éclipse pour préparer le verre de l’amitié. C’est le moment de quitter les lieux.