La douleur d’une mère

Les tourments de la mère de Théo durent. Après avoir enduré l’angoisse de sa disparition, après les espoirs chaque fois déçu des opérations de recherche, il a fallu qu’elle soit endeuillée. Son enfant est mort. Les circonstances de ce décès, elle ne les connaît pas en détail. Elle souffre aujourd’hui de ne pas comprendre. Et la justice, trop muette, ne l’aide pas.

Les faits divers ne sont pas des anecdotes. Ils constituent le récit d’une partie, humainement pénible, de la vie quotidienne de la majorité de la population. A l’opposé des revues « people » et des facéties superficielles des prétendues stars que les médias consomment par paquet de douze ou des frasques décadentes de politiciens corrompus. Au travers des faits divers, on rencontre l’expression de la souffrance des classes populaires. Face à cela, la justice punit, elle n’explique pas.

La religion catholique s’est emparée de la figure de la mère en souffrance. Elle en a fait son monopole. La mère de Jésus Christ ressentant dans sa chair les douleurs de son enfants. Il y a là quelque chose d’universel, qui regroupe toute l’humanité. Toutes les mères souffrent pour leur enfant. L’Eglise l’a compris, et puisque l’Etat féodal lui laissait la place, elle a fait le job. Toutes les mères avaient leur alter-ego dans la religion.

Comprenant la dimension universelle de la souffrance des mères, des artistes y ont projeté leur vision personnelle. Des peintres, des sculpteurs (la photo d’illustration présente une œuvre anonyme visible au Louvre-Lens), des poètes, des cinéastes, etc. Il s’agit d’un thème majeur de l’art, la mater dolorosa.

André Stil, écrivain du 20eme siècle, a beaucoup écrit sur la vie de la classe ouvrière, sur les mineurs du nord surtout. Dans son roman Le foudroyage publié en 1960, il décrit les sentiments qu’une veuve de mineur nourrit pour ses deux fils. L’un d’eux est un ouvrier affecté au foudroyage justement, au fond de la mine, tandis que l’autre est un appelé du contingent envoyé en Algérie pour la guerre.

Cette mère garde pour elle la plus grande partie des inquiétudes qui la rongent. Sans rien perdre de sa dignité, elle effectue les tâches qu’on attend d’elle, avec la discipline qui régnait alors dans les corons. Elle déborde d’un indicible amour pour ses fils et tremble littéralement pour eux.

Je n’avais pas le temps de pleurer. Et j’étais trop choquée, surtout. J’étais tombée sur une chaise. Elle était dure en dessous de moi, comme si je m’effaçais. Je me sentais m’en aller, comme on dit… La chaise, elle, restait sous moi. Elle comptait plus que moi. Je me retenais à elle, la serrant à deux mains, les pouces enfoncés sous mes cuisses… Je ne savais pas ce que je disais.