La gauche Lensoise et sa culture antifasciste

A l’appel d’un collectif antifasciste de la région, un rassemblement devait se tenir hier à proximité de la salle dans laquelle Marine Le Pen était attendue pour un meeting de campagne. Le Préfet avait interdit le rassemblement. Les personnes présentes pour cette manifestation ont été renvoyées par la police après un relevé de leur identité. Manqué, cet évènement marque un tournant dans l’histoire politique de Lens.

Pour interdire le rassemblement, le Préfet a jugé que les formes n’étaient pas respectées. Sans déclaration préalable et sans porte-parole désigné, la manifestation ne pouvait pas remplir les obligations réglementaires minimales. Cette critique, on peut la faire au collectif qui a lancé l’appel. Il a manqué de rigueur. Mais si le Préfet peut se permettre un acte d’une si grande fermeté, avec autant d’intransigeance dans l’application, c’est que la pression populaire n’y était pas !

Les Lensois face au fascisme

Pourtant, les opposants au fascisme sont nombreux à Lens. Les habitants ont une longue tradition ouvrière de lutte démocratique, pour la justice sociale et contre les discriminations. La plaque commémorative sous le pont Césarine témoigne de l’engagement historique contre le fascisme à Lens. Aujourd’hui, on le sait, si on peut se flatter que le kop (#coucouLaMareck) n’a jamais donné dans le racisme, c’est grâce aux bons réflexes collectifs des Lensois.

Ce qui s’est joué hier, et c’est en cela que le tournant est historique, c’est qu’aucune des forces de gauche n’est venue soutenir l’initiative maladroite du collectif antifa. Les personnes déterminées à montrer leur rejet à la politique du RN, voulant se rassembler contre la venue de Marine Le Pen à Lens, se sont trouvées tout bonnement abandonnées. Sans structure militante pour porter l’organisation de l’évènement, les personnes qui se sont déplacées au lieu de rendez-vous n’y ont trouvé que la police. Elles ont eu droit à un relevé de leur identité, avant d’être invitées à quitter les lieux.

Une autre époque…

Un dimanche d’avril 2006, on se souvient que plus de cent personnes s’étaient rassemblées devant un hôtel de luxe de la zone Cora Lens2. Les personnes présentes avaient répondu à l’appel de partis de gauche et d’organisations antifascistes et antiracistes. Un orchestre, juché sur une remorque, jouait des chansons républicaines espagnoles, des chansons antifascistes italiennes, O Bella, ciao Bella ciao Bella, ciao ciao ciao…

La gauche Lensoise a-t-elle perdu cette culture ?

Pense-t-elle que la république est assez solide pour résister aux assauts du fascisme ?