La vie rue Alexander Fleming ou Les promesses non-tenues

La Grande Résidence a bénéficié d’une mise-à-jour. Elle n’est plus cette version décrépie de l’utopie bancale que fut la nouvelle citoyenneté populaire à l’après guerre. Les comités démocratiques qui devaient gérer la vie collective ont fait long feu. Ce qui devait organiser le vivre ensemble dans chacun des immeubles et dans ses aspects les plus pratiques n’a pas fonctionné. Elle est finie aussi l’époque qui a suivi, celle de l’Opac et de l’ignoble manque d’entretien. Les tours ont aujourd’hui la tête haute.

Les habitants de la rue Fleming se sont tenu à l’écart de tout cela. Ils n’ont pas été des années 70 autogestionnaires, encore moins des années 2000 incendiaires. Au fond, c’est assez simple ce que veulent les habitants de la rue Fleming. Chacun veut pouvoir vivre comme il l’entend et avoir la tranquillité qu’il mérite.

Elles ne sont pas si loin les tours.

Quand ils sont arrivés dans leur pavillon, elles paraissaient moins proches la tour Flaubert et la tour Foch. On leur avait bien parlé de mixité sociale, ils voyaient surtout les jardinets engazonnés, l’enrobé bien-noir-bien-propre devant le portillon. Ceux des tours ont les équipements sportifs, la piscine, les centre sociaux. Ceux des pavillons ont le barbecue du dimanche et les séances de tir au but avec les enfants. Il paraît qu’un doux rêveur a même su faire pousser un palmier.

Mais ça a loupé quelque part.

Le problème n’est pas tant les incivilités. Après tout, qui s’est fait griffer la voiture n’avait qu’à la rentrer au garage. Ce n’est même pas la question de la délinquance, il y a moins de cambriolages que par le passé ; quant aux dealers, ils restent dans leur quartier…

Le problème c’est que, même en ayant une bonne place. Même avec tous ces efforts pour faire le chiffre, sans compter ses heures, en serrant les dents parfois, c’est vrai ! Même avec une voiture fiable, qui démarre au quart de tour, même avec le SUV, là, derrière la porte électrique du garage. Même en pouvant offrir aux enfants ce qu’ils veulent, même en ne manquant de rien.

Ce mode de vie est plein de vide.

La cité pavillonnaire est une mosaïque de petites propriétés. Mais si sa classe moyenne se figure qu’elle peut vivre à part, la bourgeoisie ne lui en donne pas les moyens. La rue Fleming et ses maisons individuelles contournent la grande résidence, mais elles ne lui échappent pas. Elle vit au pied des tours, de leur bruissement populaire, de leur pulsation. Sans vraiment de joie ni vraiment de richesse, la rue Fleming reste là, dépitée.