En dépit du confinement, le travail a repris dans cette imprimerie du lensois

Une imprimerie de taille importante dans le bassin minier a largement communiqué cette semaine pour informer de la reprise de la production et de la livraison au 1er avril. Cette reprise d’activité, alors que le confinement est en principe la règle, montre que la morale (ou disons l’esprit) des dirigeants n’a aucune influence sur ce type de décision. L’économie est implacable. Il est indispensable que le travail se fasse pour que les profits soient au rendez-vous.

Cette imprimerie est une SCOP, c’est-à-dire une coopérative ouvrière de production. Chacun des soixante salariés de l’entreprise est aussi un associé. En 1967, les premiers ouvriers qui investissent pour fonder la société sont dans l’esprit de l’autogestion. Selon ce courant d’idées, qui fleurira pleinement dans une certaine gauche des années 70, l’ouvrier devait se libérer de l’exploitation capitaliste en gérant l’entreprise lui-même.

Aujourd’hui, l’entreprise est très moderne, productive et compétitive. Ses machines à la pointe, robotisées, couvrent de couleurs de multiples supports, avec vitesse et précision. Chaque année, elle réalise un chiffre d’affaire qui dépasse huit millions d’euros. C’est une des principales imprimeries de la région. Elle a pour clients de nombreuses municipalités de gauche, produit pour les candidats, les partis, etc.

L’héritage autogestionnaire reste au centre de la communication de l’entreprise qui « apporte la preuve qu’une entreprise ne se résume pas à une collection d’individus à la recherche de leur seul intérêt personnel, elle démontre que le collectif et l’idée d’une économie sociale et solidaire sont compatibles avec le développement économique et industriel » (dixit la page facebook).

Par un mail adressé à ses clients et partenaires, l’entreprise indique que « après 15 jours de fermeture citoyenne du site de production pour accompagner l’effort national », elle reprend la production.

Les familles vivent confinées pour essayer d’enrayer la prolifération de cette maladie mortelle. On sait aujourd’hui que c’est notre mode de vie qui a généré le virus. L’imprimerie sociale et solidaire prétend, de son côté, avoir suffisamment participé de l’effort collectif.

Ce n’est pas une maladresse de communication, c’est simplement qu’il n’est pas possible pour elle de voir les choses autrement. C’est une question de compétitivité. La fermeture temporaire de cette entreprise a été de son point de vue un effort concédé à l’État. L’effort « citoyen » a été assez long, il est temps pour les « ouvriers-patrons » de reprendre les activités.