Covid-19 : la production de surblouses se fait sans ouvrier

Avec le soutien des supporters de Lens United, une entreprise de plasturgie Lensoise se lance généreusement dans la production de surblouses à destination des hôpitaux du secteur. De nombreuses personnes se sont portées bénévoles pour assumer le travail de production. Dans ces circonstances d’urgence vitale, cela remet au devant de la scène ce qui n’aurait jamais dû cessé d’être une évidence : tout ce qui existe doit auparavant avoir été fabriqué. On se réjouit de la capacité de l’industrie à s’adapter pour permettre de protéger les soignants. Pourtant, la production de ce matériel d’une haute importance repose sur la bonne volonté de bénévoles, alors que des ouvriers feraient bien mieux.

La pénurie menace

C’est le Groupement Hospitalier du Territoire de l’Artois (GHT, institution qui coordonne la gestion de plusieurs hôpitaux) qui a tiré la sonnette d’alarme début avril : il a besoin d’alimenter son stock de surblouses et de tabliers jetables. En réalité, la pénurie menace au point que la sécurité des personnels soignants directement en contact avec des personnes atteintes du Covid-19 peut difficilement être assurée.

La fédération de groupes de supporters Lens United a activé son réseau pour trouver des bénévoles. L’influence de Lens United est importante, on sait que l’ex-président (toujours influent) comme le nouveau (directeur régional d’une multinationale) sont particulièrement bien implantés dans la bourgeoisie Lensoise, un effectif de 16 personnes a été formé et a commencé à produire.

C’est l’entreprise lensoise TT Plast qui a établi les procédés de production, basés sur la soudure à chaud de matière plastique. Elle offre aussi la matière première.

L’activité principale de cette entreprise tourne à plein sans restriction particulière liée au Covid-19. La production de sachets plastiques réutilisables à destination des grandes surfaces commerciales a été considérée comme essentielle à la vie du pays. La centaine d’ouvriers de l’usine produit donc, pour ainsi dire comme si de rien n’était.

18 000 par semaine

L’unité de production de surblouses a été installée dans un entrepôt annexe. Chaque ligne se compose de huit binômes qui assurent les opérations de production en deux postes de jour. Recrutés en lien avec Lens United, les opérateurs ont été reçu à l’hôpital pour un briefing avant d’être affectés à la chaîne de montage.

Dès jeudi, la presse locale annonçait que 18000 surblouses par semaine seraient produites. On peut se réjouir de ce formidable bond en avant de la production. Les stocks de ce matériel si précieux pour la santé des soignants et la lutte contre l’épidémie vont pouvoir se reconstituer. Tout cela est rassurant quand on sait que les recommandations en matière d’hygiène, de prévention et de contrôle de l’infection, et en particulier s’agissant du Covid-19 imposent le port de surblouse en cas d’acte invasif (comme pour l’intubation) ou de manœuvre de réanimation. Dans les services hospitaliers, les professionnels les plus exposés, en « première ligne », sont amenés à changer d’équipement de protection plusieurs fois par poste.

Ce choix est incompréhensible.

La santé de personnels soignants dépend en partie de la quantité et de la qualité de cette production. On imagine que le cahier des charges doit être sévère. Pourtant, tout cela repose sur des bénévoles peu habitués à la discipline et à la rigueur nécessaires pour la production de produits manufacturés.

Ce choix est incompréhensible. Car ce sont les ouvriers qui savent faire. Ils savent s’organiser collectivement, savent tenir un poste sur la durée en maintenant la production nécessaire. Ils savent faire le chiffre et la qualité.