Bassin minier et production automobile : en 2020, va-t-on fermer le casino ?

Le travail en usine reprend. Après le stress du virus, celui du chômage partiel, voilà la crise économique… encore. Dans le bassin minier, beaucoup de familles vivent du travail dans l’automobile. Mais les parkings des concessionnaires sont pleins. Alors, à quoi bon produire ?

La vente de voitures neuves a été mauvaise en 2019. A part un mois de décembre dopant les ventes de voitures de société à cause du malus qui menaçait les entreprises, c’est une année de baisse. Sur les 2 millions d’auto achetées, 1 millions 100 l’ont été par des entreprises. Les ventes aux particuliers ont chuté de 7 % l’année dernière. A part pour les marques de luxe (Ferrari fait +25%!), la voiture se vend mal. Logiquement, c’est Dacia, Opel, Ford, Nissan qui reculent le plus. Bref, Monsieur Tout-le-monde garde sa vieille bagnole.

Globalement donc, une quantité de modèles produits en 2019 n’a pas trouvé d’acheteurs et on a bien sûr continué à produire en 2020. Sur les trois premiers mois de 2020, les chiffres de vente sont très mauvais : 34 % de moins que l’an dernier à la même période.

Puis, on a eu deux mois de confinement, c’est-à-dire de moindre production mais surtout de blocage des ventes. Là, on a logiquement un effondrement : -73 % en moyenne tous constructeurs confondus.

Le Covid-19 est venu compliquer les choses. Mais il est faux de considérer que le confinement est responsable des problèmes du secteur. Il y a une production de véhicules bien trop importante par rapport à ce que le marché peut distribuer. Les commentateurs accusent pèle-mêle le Brexit, l’électrique, les normes anti-pollution. On peut toujours regarder le doigt quand on montre la lune : le problème vient du mode de production qui est parfaitement sans queue ni tête !

On sait que moins d’automobiles trouvent preneurs en 2019, mais on pousse la production (et la productivité!) en 2020. Le bon sens, ce serait de s’organiser pour produire autre chose, de produire moins d’auto. Mais produire moins n’est pas acceptable du point de vue des affaires, car il y a les investissements à payer, les emprunts à rembourser… Alors, c’est la fuite en avant : « Baisse la tête, t’auras l’air d’un coureur ! »

On produit toujours plus. Le résultat à court terme, c’est que plus de marges sont réalisées sur chaque véhicule produit. Donc, plus de profits par véhicule. Mais les constructeurs inondent le marché de voitures dont personne ne veut.

Les salariés sortent petit à petit du chômage partiel, ils ont perdu du salaire et s’exposent aujourd’hui plus ou moins au virus. A côté de ça, ils apprennent que des constructeurs vont fermer des usines (Renault parle de fermer Laurent-Caudan, Choisy-le-Roi et Dieppe). Derrière, ce sont logiquement des sous-traitants, des transporteurs et des fournisseurs qui seront touchés.

La production est dans les mains de gens à la mentalité de casino : ils misent des millions, des usines et des ouvriers en espérant que la roulette leur rapporte à chaque tour. Si ce n’est pas le cas, ils reprennent leur mise et vont jouer ailleurs.