Que Floriboy ne consomme pas Jordan

C’est le rêve américain. Chacun doit être entrepreneur de sa propre réussite. On se met en scène, on rivalise d’images de soi-même à en saturer les réseaux. Le bassin minier a quelques unes de ces figures qui cherchent à faire monter leur propre cote en soignant l’emballage. On a déjà parlé ici du charismatique Dead Boy. Jordan Lourdel, aka Floriboy, est quant à lui un personnage sympathique qui cherche, grâce à son image, à faire le bien autour de lui.

Dans notre société, tout et tous sont des marchandises. Bien sûr, on peut essayer d’échapper à cela. Il s’agit alors de donner de la valeur au contenu, de s’attacher à la réalité des choses plutôt qu’à leur image. On fuira alors les relations factices, pour nouer des attaches solides aux autres. On préférera l’amour aux like. Mais s’il est honnête, chacun admettra qu’il fait des concessions à ce grand marché qui agite nos existences un coup à la hausse, un coup à la baisse. Même si on le déplore, trouver un partenaire amoureux, être embaucher et plus encore faire carrière, se faire des amis ou obtenir un crédit, pour tout cela il faut donner confiance, être joli et bien emballé. Selon l’expression, il faut avoir la cote.

Jordan Lourdel, Floriboy donc, a acquis une certaine notoriété. Il est reconnu dans les supermarchés, on l’interpelle dans la rue, on veut son nom sur sa liste aux municipales… bref, c’est une figure locale. Cette célébrité, somme toute relative, il l’a acquise pour l’essentiel grâce à sa longue barbe et son look élaboré. Il a aussi accompli un « exploit », en tractant sur plusieurs mètres une grosse automobile… par la barbe justement. Si cela prête à sourire, cet évènement lui a permis de faire parler de lui. Le but était là, comme quand il a remporté en 2018 le championnat de France, de barbe, encore. Jordan fait aussi partie d’un club de barbes, auquel il fait très régulièrement allusion auprès de ses presque 4000 abonnés sur instagram.

Floriboy est un personnage sympa. S’il se représente dans une esthétique proche de celle des bikers américains, elle est lavée de toute référence au banditisme, au racisme et aux drogues qui accompagnent immanquablement ces pèlerins du néant. Il fait le dur, mais il est tendre, ça crève les yeux ! Notre barbu apparaît souvent souriant, jamais obscène, dans des décors colorés, parfois exotiques, souvent d’ici. Tenir le rythme relève d’une implication personnelle complète. A voir la quantité de photos de lui, on se demande si l’activité principale dans la vie de Jordan ne serait pas la promotion de son personnage.

Jordan veut mettre sa notoriété au service des autres. Sa démarche ne consiste pas à se regarder le nombril. Dans la vie de tous les jours, Jordan travaille en boulangerie, dans un supermarché. Il est en couple et élève ses enfants. De fait, il est présent aux autres et a une activité sociale productive. Son travail est utile, à ceux qui mangent son pain, à ceux qu’il aime. Mais la société du marché ne donne aucune valeur particulière à une réalité jugée trop ordinaire.

Jordan veut en faire plus pour les autres. C’est un homme du 21ème siècle et il travaille dans la grande distribution. Comme tout un chacun, il est façonné par son milieu. Sa réalité est faite de marchandises en concurrence, de produits marketés. Plus de notoriété, c’est plus de visibilité, pour pouvoir faire plus. Il cherche à se mettre en tête de gondole.

Pourvu que Floriboy ne consomme pas Jordan.