La nature corporatiste du programme de la troisième révolution industrielle.

La troisième révolution industrielle est présentée par son idéologue, Jérémy Rifkin, comme une planche de salut pour l’économie. Il s’agirait de combattre le réchauffement climatique notamment en tenant tête aux grands monopôles, par le développement d’un nouveau modèle économique.

Rifkin fait preuve d’un grand volontarisme. Pour lui, les relations économiques dépendent de la décision consciente des acteurs économiques. Il faut donc, mettre en place de manière volontaire un nouveau système, avec des interactions d’un nouveau genre, pour supplanté ce qu’il considère comme « l’ancien système ». Il s’agit en fait du système actuel.

Une fois que la volonté de transformation de l’économie sera en place selon le modèle, vertueux, des cinq piliers, la révolution sera en marche. Une fois réalisée pleinement, l’Humanité connaîtra un âge d’or dans une relation durable avec la Terre.

Il y a là une certaine candeur. Si bien qu’on peut s’étonner qu’une foule de gens à la fois très différents et très sérieux (le maire de Loos-en-Gohelle, la région Haut-de-France, la chambre de commerce et d’industrie des Hauts-de-France, la société RTE (réseau d’électricité), etc) suivent cette vision quasi-prophétique.

« A l’ère nouvelle, les marchés concurrentiels céderont progressivement la place aux réseaux coopératifs, et le capitalisme vertical sera graduellement marginalisé par les forces neuves du capitalisme distribué. »

(chapitre 3 : « passer de la théorie à la pratique »).

Selon Rifkin, le capitalisme « distribué » constitue le système économique de l’après pétrole. Il s’agirait d’un capitalisme des petits producteurs, organisés en un réseau « non-concurrentiel ». Faut-il comprendre que les vendeurs seraient entre eux vis-à-vis des acheteurs dans une parfaite et immuable égalité ? Est-ce cela un réseau coopératif ?

« La nature coopérative de la nouvelle économie est fondamentalement contraire à la théorie économique classique, dont on connaît l’un des grands postulats : le seul moyen efficace de dynamiser la croissance économique est l’intérêt personnel sur le marché. La logique de troisième révolution esquive aussi le dirigisme centralisé des économies socialistes traditionnelles de type soviétique. »

( chapitre 4 : « le capitalisme distribué »).

Bon. Donc, la troisième révolution industrielle ce n’est ni le libéralisme et sa théorie de la « main invisible », ni le socialisme et son économie planifiée. En synthèse, le discours politique de Rifkin, c’est « ni droite, ni gauche »… Alors, il repose sur quoi du coup ce modèle économique ?

« Le nouveau modèle favorise les entreprises latérales, tant sur les communaux sociaux que sur le marché, en posant que servir ensemble l’intérêt commun est le meilleur moyen de parvenir au développement économique durable. »

( chapitre 4 : « le capitalisme distribué »).

Il s’agit donc d’engagement moral. Les acteurs de la troisième révolution industrielle sont des entrepreneurs, des salariés, des financeurs, des commerçants, des consommateurs qui sacrifient leur intérêt personnel au profit d’un intérêt commun.

« la constitution de cette coalition d’entreprises, d’organisations syndicales, de coopératives et d’associations de consommateurs pourrait bien changer le jeu politique européen ».

(chapitre 9 : « au-delà du clivage droite/gauche)

Rifkin, de toute évidence, connaît mal le jeu politique européen. Ou, pour le moins, il connaît mal l’Histoire européenne. Parce que ce qu’il décrit au travers de ces lignes, c’est une version modernisée du modèle des corporations qui régissaient la vie économique des villes du moyen-âge. Mais c’est aussi, plus proche de nous dans le temps, le modèle économique de la « révolution nationale » de Philippe Pétain qu’il définissait ainsi en 1941 : «  Abandonnant tout ensemble le principe de l’individu isolé devant l’État et la pratique des coalitions ouvrières et patronales dressées les unes contre les autres, l’ordre nouveau corporatiste institue des groupements comprenant tous les membres d’un même métier : patrons, techniciens, ouvriers. Le centre du groupement n’est donc plus la classe sociale, patronale ou ouvrière, mains l’intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise. »

La comparaison s’arrête là et il n’est pas question pour l’heure de considérer la troisième révolution industrielle comme une initiative fasciste ou fascisante. Pour autant, le néo-corporatisme que Rifkin appelle de ces vœux dans la branche des énergies vertes et des industries connexes (bâtiment, transports, communication, etc.) n’a pas d’autre guide qu’une morale floue dans un capitalisme soudain comme par magie devenu vertueux.

Au moins, cela pourrait-il mener à une lutte efficace contre le réchauffement climatique ? Il faudra répondre rapidement à cette question.